Christophe Léon donne (enfin) la parole aux bêtes

Nous vous en avons déjà parlé : une nouvelle maison d’édition s’engage dans la défense de la condition animale !
Elle comprend des ouvrages destinés aux enfants, aux adolescents et aux jeunes adultes, afin de les sensibiliser d’urgence aux valeurs humanistes dont notre monde moderne manque si cruellement…

Il s’agit des éditions “Le Muscadier”.  Je vous ai déjà parlé du recueil de nouvelles “Et si demain… », écrit par Michel Piquemal, ainsi que du roman jeunesse “Badalona », où la narratrice est une baleine.

Poursuivons avec deux autre ouvrages, toujours dans la collection Place du marché, qui s’adresse aux animaux humains de 10 ans et plus : Pense bêtes » et Bêtes de pensée » de Christophe Léon. (S’il a prévu un troisième tome, il va être bien embêté pour lui trouver un titre !)

L’auteur

Christophe LéonChristophe Léon est un caméléon qui a publié des romans, essais, pièces de théâtre et nouvelles pour adultes, mais aussi plus de 30 romans jeunesse multi-récompensés. Ses thèmes de prédilection sont la protection de l’environnement, les faits de société et les dangers de la mondialisation.

Il a tenu jusqu’en 2009 le site de l’Écologithèque (toujours consultable) où il a décortiqué, analysé et passé à la moulinette un grand nombre d’ouvrages de fibre écolo, et interviewé leurs auteurs.

Inversion de polarité

Petit recensement rapide des nouvelles de ces deux recueils :

Dans deux courts récits, Christophe Léon se plaît à inverser la situation homme-animal. C’est une façon intéressante de susciter le débat chez le lecteur en le mettant à la place de l’autre (le captif, l’animal).
Ainsi dans Le zoo », une famille française assez insupportable visite un parc zoologique, sans montrer d’empathie pour les bêtes prisonnières. Mais la dernière cage, meublée comme une maison humaine, leur est destinée : les voilà enfermés dedans tandis que les nouveaux visiteurs collent leurs visages aux vitres pour les scruter. On comprend également quelque chose d’essentiel sur les espèces animales que les familles ont observées, depuis le début de la nouvelle, dans leurs enclos… Mais chut ! Je ne vais pas tout vous révéler non plus !

Le procédé m’a rappelé “La planète des singes » (le roman), plus précisément le passage où le héros visite les labos de vivisection humaine : la répulsion immédiate a pour corollaire l’idée que ce sont des procédés atroces à faire subir aux animaux non humains également.
Le dénouement, surréaliste, m’a fait plutôt penser à certaines nouvelles de Marcel Aymé.
De très très bonnes références donc pour ce récit anti-zoo !
Si je devais le donner à lire à un enfant, je lui indiquerais que de véritables zoos humains exhibant des indigènes ont bel et bien existé, notamment en France jusqu’en 19311

Zoo humain au XIXe siècle / affiche publicitaire (première partie du XXe siècle) / Bruxelles, 1958
Zoo humain au XIXe siècle / affiche publicitaire (première partie du XXe siècle) / Bruxelles, 1958

DansDe père en fils », même procédé : une classe d’élève porcins visite un élevage d’humains pour en observer toutes les étapes (sexage, compléments protéinés à hautes doses, abattoir en fin de parcours), avec dégustation de saucisson d’homme en prime.

Quand l’animal dit “je”

Dans d’autres nouvelles (“Je suis une poule », “Je suis un chien »), la parole est directement donnée à un narrateur animal.
Dans Je suis une poule », l’auteur va plus loin dans l’ironie mordante car la poulette qui nous raconte sa vie en batterie commence par nous la relater sous un angle prétendument positif. Elle parle de son “studio” aménagé avec soin par les hommes, où elle peut même parfois se retourner un peu, quel animal a besoin de plus ? Et de ses copines qui font semblant d’être mortes quand les hommes viennent les chercher, quelles flemmardes celles-là… Cet humour noir, glaçant, est à la portée d’un jeune lecteur, et serait à mon sens très intéressant à étudier en cours de français (l’ironie comme figure de style, le second degré accusateur etc), avis à bon entendeur !

Poules batterie

Les autres nouvelles : résumé rapide

  • Bêbêbêrt 1er » : Révolution chez les moutons.

Marre qu’on nous tonde la laine sur le dos, qu’on nous mène au bûcher pour des méchouis en sorcellerie, qu’on nous débite en tranches de gigot, côtes ou poitrines, avant d’exposer nos têtes décapitées, un brin de persil dans nos narines sanguinolentes pour, définitivement, nous déshonorer…

Distinction

  • “Blattaria » : La seule nouvelle qui ne m’a pas du tout convaincue. Les cafards semblent être une métaphore des nombreux maux qui accablent notre société, mais l’acharnement du jeune héros et de son père à les écraser, les écrabouiller et les exterminer m’a mise mal à l’aise. Cette nouvelle ne m’a pas semblé à sa place dans un recueil consacré aux droits des animaux.
  • “Tercio 3 » : L’auteur fait un parallèle entre la cruauté de la corrida et la cruauté du monde de l’entreprise et de l’ultra-libéralisme, pour mieux critiquer l’un et l’autre. La nouvelle bascule dans le fantastique lorsque le narrateur, convoqué à un entretien d’embauche, doit se transformer en torero chargé de la mise à mort, sous les hourras, du salarié dont il prend la place.

Corrida

Des nouvelles qui donnent du grain à moudre à notre intelligence.

>> “Pense bêtes »

>> “Bêtes de pensée »

>> Le site de l’Écologithèque

 

Précisions :

  1. http://www.deshumanisation.com/phenomene/zoos-humains []

A propos de Lili Gondawa

Lili Gondawa
Professeur des écoles à Toulouse, j'adore l'archéologie, l'histoire de l'art et la littérature. Je suis donatrice mensuelle et ponctuelle à L214, organisation de défense des animaux.

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