Camille & Cécile, jumelles et vegan, créatrices de forum

Le forum Génération Végane est une excellente initiative destinée aux jeunes végétariens, végétaliens et vegans.

Le site recueille aussi les récits de vie de celles et ceux qui le souhaitent, afin de vous les présenter sur Vegactu. Nous vous avons ainsi présenté Nina, 17 ans et déjà vegan ; Matthieu, fan de musculation, de parkour et de sports de combat ; Aurore, la benjamine de 13 ans ; Timothée, Marine, Janyck et leurs superbes tatouages ; Yoann qui a monté son propre Sound System ; Loïc le médecin ; François le pâtissier ; et tant d’autres…

Aujourd’hui nous interviewons directement les créatrices et gestionnaires du forum, Camille et Cécile. Des sœurs jumelles vegan, voilà qui n’est pas banal !

Bonjour Camille et Cécile ! Quel âge avez-vous ? Depuis quand êtes-vous végé ?
Nous avons 23 ans. On a arrêté la viande en décembre 2008 à l’aube de nos 18 ans, puis le poisson 9 mois après. Nous avons pu passer au véganisme en février 2010, ayant notre propre appartement.

Où vivez-vous ?
Cécile : Actuellement à Toulouse.
Camille : Près de Nancy.

Qu’est-ce qui a déclenché ta prise de conscience ?

Camille : Un soir, une amie (non végé) m’a envoyé le lien vers le film Earthlings en précisant simplement que cela parlait d’animaux. Après l’avoir visionné en entier en pleurant tout le long, j’ai immédiatement décidé de devenir végétarienne. Je l’ai donc montré à Cécile qui a pris la même décision. Le film nous a ouvert les yeux sur le contenu de notre assiette… Il n’était plus possible de faire marche arrière, la viande nous dégoûtait.

Cécile : La norme carnée est vraiment intériorisée car même le fait de voir mon lapin « préféré » se faire tuer par ma grand-mère (qui en élève pour la viande) vers l’âge de 8 ans ne m’a pas fait changer. J’ai continué de fermer les yeux malgré cette scène choquante.

Camille : Pour nous être devenues véganes a été la plus importante décision de notre vie et on ne regrette rien! On ne voit plus le monde de la même façon. Nous sommes maintenant en accord avec nos convictions et qu’est-ce que ça fait du bien !

Photo de nous 2 petites : entourées d’animaux depuis toutes petites, ici avec nos lapins nains (Camille à gauche et Cécile à droite) 😉 Aujourd’hui nous sommes éloignées géographiquement (sud et est de la France) mais on se retrouve au moins une fois par an, pour Noël par exemple.

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Vos parents l’ont-ils bien accepté ?
Camille : Nous redoutions l’annonce de cette décision auprès de notre mère et de notre beau-père avec lesquels nous vivions. Nous l’avons donc retardé jusqu’à ce qu’ils le comprennent d’eux-mêmes, ce qui a causé pas mal de tensions. Ils se sont inquiétés de ce que nous allions manger… On a donc conservé le poisson au départ à la demande de notre mère, afin de ne pas chambouler trop rapidement nos habitudes.
En apprenant notre véganisme, notre père a simplement cherché à savoir ce que nous mangions et si nous ne manquions de rien. Il est conscient des méfaits d’une trop grande consommation de viande, il en mange peu et aime s’informer en regardant des reportages et documentaires sur le sujet.

Cécile : Ayant un oncle vegan depuis de nombreuses années (dont la famille est végétarienne), ils ont pensé qu’il était peut-être à l’origine de notre choix. Or nous n’avions jamais fait attention à son régime alimentaire différent et jamais il ne nous a influencé à ce sujet. Il se doutait que cela viendrait un jour car nos centres d’intérêt ont toujours tourné autour des animaux et de la nature.
Aujourd’hui, les repas ne sont plus un problème car toute la famille s’est adaptée (même les grands-parents) mais on ne discute pas vraiment du côté éthique car cela reste un sujet sensible.
Ce que j’apprécie surtout c’est lorsque ce que je cuisine est partagé avec le reste de la famille plutôt que de faire « repas à part » mais ce n’est pas toujours le cas. À mon avis, la cuisine végétalienne ne doit pas être réservée qu’aux végétaliens mais découverte et testée par tous.

Gâteau de crêpes aux crudités et divers similis-carnés de Cécile (réalisé avec sa maman)
Gâteau de crêpes aux crudités et divers similis-carnés de Cécile (réalisé avec sa maman)

Camille : Je pense qu’il faut rassurer les parents en expliquant bien qu’il ne s’agit pas de renier l’éducation qu’ils nous ont donnée (au contraire car l‘éthique et la compassion sont des valeurs importantes) et qu’on ne leur en veut pas de nous avoir fait manger de la viande (après tout, ils pensent avoir agi pour le mieux).

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Où est-ce le plus compliqué pour vous de manger végé ?
Camille : J’ai testé une seule fois le Restaurant Universitaire mais entre le thon dans les crudités ou les sauces douteuses, j’ai vite laissé tomber ! Quand j’étais à la fac je rentrais manger chez moi (par chance j’habitais tout près) et quand nous avions peu de temps le midi je mangeais dans les amphis vides avec une amie…
Un jour j’ai accompagné des collègues au restaurant universitaire en ayant apporté mon propre repas et on est venu me demander de quitter les lieux ! J’ai précisé qu’il était impossible pour moi de manger ce qu’ils proposaient mais ils n’ont rien voulu savoir…
Pour les sorties en restaurant, avec mon copain (vegan lui aussi), on aime bien aller au restaurant indien : on a du choix et on a plus faim en ressortant !
Sinon on a la « Pataterie » où on avait notre « pom’ végétarienne » composée d’une grosse pomme de terre et de légumes qui a finalement été remplacé par un autre plat avec fromage… Mais le patron nous connaît maintenant et il s’adapte à notre demande.
Et surtout, on a un pizzaïolo qui nous fait une pizza végane spécialement pour nous : on ramène notre haché végétal, notre crème soja et parfois un supplément avec du fromage Cheezly râpé et il nous rajoute tout ça sur la pizza ! C’est super bon !

Cécile : À la fac je dois emmener mon repas mais j’ai la chance d’avoir une salle à disposition pour manger et réchauffer ce que j’amène. Au RU il n’est pas possible d’avoir un vrai repas végétalien autre que crudités, pain, frites et fruits tout simplement car ils ajoutent des produits animaux partout (crème, beurre, bouillon de volaille etc). Il suffirait donc de peu d’efforts pour qu’un repas raisonnable soit proposé aux végétaliens.
À Toulouse, les sorties au restaurant ne sont pas trop compliquées car on a quelques choix comme La Belle verte et Saveurs Bio. On arrive facilement à avoir une pizza végétalienne et on a trouvé un restaurant asiatique qui fait des livraisons. L’an dernier je suis allée plusieurs fois au restaurant avec le reste de mon master et les deux établissements ont su s’adapter avec des repas corrects et qui rendaient parfois jaloux les autres étudiants.
En règle générale, il faut oser demander car on peut être agréablement surpris. La majorité de mes repas se passent entre « gens concernés », de fait il n’y a actuellement pas de soucis à ce niveau-là. De plus, je pense qu’être « à deux » peut aider un peu (en l’occurrence je suis quasiment toujours soit avec mon copain soit avec ma sœur jumelle, vegans comme moi). Au pire il faut savoir anticiper, s’organiser et accompagner (faite découvrir des recettes, des produits, de nouvelles façons de cuisiner etc).

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Quel sont vos plats ou aliment végé préférés ?
Camille : J’adore les lasagnes! Sinon je fais très souvent des boulettes de haricots rouges « façon bœuf » de Mlle PIGUT, mon copain en est fan et mes beaux-parents apprécient eux aussi. Également le houmous de haricots rouges avec des graines germées, délicieux !

Cécile : Je pense que quasiment tout dans la cuisine végétalienne me plaît, bien sûr plus c’est élaboré plus cela donne envie. Aussi, le seitan fait toujours son petit effet auprès des personnes omnivores ou encore quelques médaillons de soja.

Feuilleté de seitan et sa sauce forestière, par Cécile, recette du site Code Planète
Feuilleté de seitan et sa sauce forestière, par Cécile, recette du site Code Planète

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Quel(s) plat(s) ou aliment(s) végé avez-vous découvert(s) ?
Cécile : Ce sont d’abord les produits transformés que nous avons découverts (pâtés végétaux, steaks de soja etc) puis nous nous sommes mises à cuisiner grâce à des recettes disponibles sur internet et diffusées sur les réseaux sociaux. De fait notre alimentation s’est fortement diversifiée : boulgour, lentilles corail, quinoa et une plus grande diversité de légumes.
Aussi, c’est depuis que je suis devenue végétarienne que je me suis mise à cuisiner et j’y ai vraiment pris beaucoup de plaisir.

Bûche ronde façon tiramisu, par Cécile
Bûche ronde façon tiramisu, par Cécile
Truffes biscuitées au chocolat "Léonardo" de Camille, recette du site Vegansfield
Truffes biscuitées au chocolat “Léonardo” de Camille, recette du site Vegansfield

Camille : On a appris comment cuisiner le tofu puis le seitan, les protéines de soja texturé, etc.
On a aussi découvert les fromages végétaux dont on ignorait l’existence ! Puis on s’est mise aux laits végétaux après avoir réduit notre consommation de lait de vache au fur à mesure que l’on s’informait sur les conditions d’exploitation des vaches laitières…

Cake d'automne de Camille, recette de Vegansfield (oui on adore ce site, il nous a beaucoup aidées à débuter dans le végétalisme !)
Cake d’automne de Camille, recette de Vegansfield (oui on adore ce site, il nous a beaucoup aidées à débuter dans le végétalisme !)

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Comment vous voyez-vous évoluer dans la suite de votre vie ? (régime alimentaire, militantisme…)
Camille : On a atteint notre objectif final qui était le véganisme (même si on ne se voyait pas du tout en arriver là au début !)
Pour le côté militant, j’ai participé et aidé à l’organisation d’actions et de stands avec une asso régionale pendant plusieurs années. Maintenant je me recentre plutôt sur les grandes actions et manifestations annuelles quand je peux m’y rendre. J’apprécie aussi les rassemblements de végés/vegans à l’occasion de pique-niques, pour pouvoir rencontrer de nouvelles personnes.
Je pars du principe qu’il est plus facile de vivre son végéta*isme/véganisme en étant entouré de personnes qui le sont également (bouh, les sectaires ! ^^)
Je place aussi beaucoup d’espoir dans les générations futures, d’où la création du forum Génération Végane qui est pour nous une façon d’aider et d’accompagner les jeunes dans leur transition alimentaire car ils font face à des difficultés qui leur sont propres et qu’on a connues (parents, cantine, etc). On continue donc de le faire vivre et connaître le plus possible (merci au partenariat avec Vegactu !) pour montrer qu’il y a aussi des jeunes qui s’engagent pour les animaux ! Nous avons récemment dépassé les 500 inscriptions et on espère continuer ainsi.

Camille en manif : action contre un cirque avec animaux à Nancy.
Camille en manif : action contre un cirque avec animaux à Nancy.

Cécile : Je pense effectivement que l’existence de ce forum est importante, tout comme le fait de s’entourer de personnes compréhensives et concernées car ça peut vraiment aider, surtout au début. Niveau militantisme il y a beaucoup de mouvement à Toulouse, les rangs grandissent de plus en plus depuis mon arrivée en 2010. On a beaucoup de choses au programme : des actions militantes, des événements conviviaux, une boutique végane…
J’essaie de faire réfléchir les gens en faisant au minimum qu’ils rompent avec leurs idées reçues (que ça soit sur l’alimentation ou les animaux) et au mieux qu’ils aient une vraie prise de conscience et qu’ils changent d’alimentation. Je réfléchis à un éventuel projet coopératif vegan (type refuge pour animaux avec possibilité d’accueillir du public, en pensant aussi aux plus jeunes).
Globalement, je continue d’évoluer et de réfléchir sur le véganisme en général mais pas seulement (toujours dans cette idée de « remise en question de la norme »). Il faut garder à l’esprit que tout le monde peut changer un jour, ouvrir les yeux et notre rôle est d’être là pour aider ces personnes lorsqu’elles décideront d’évoluer (à plus ou moins grande échelle) et même y contribuer en donnant l’exemple au quotidien.

Cécile en manif : action contre le groupe Harlan à Toulouse.
Cécile en manif : action contre le groupe Harlan à Toulouse.

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Pour mieux vous connaître, pouvezs-vous nous raconter en quelques mots ce que vous aimez dans la vie, vos études actuelles etc ?
Camille : Les balades en forêt sont pour moi un bon moyen de me ressourcer et depuis toute petite je suis intéressée par l’ornithologie.
Sinon je m’occupe au quotidien de mes 2 cochons d’Inde et d’une lapine.
J’aime également lire des blogs et articles sur les pédagogies alternatives (Montessori, Freinet, Steiner, etc), l’éducation respectueuse et bienveillante des enfants, la lutte contre la VEO (Violence Educative Ordinaire), etc.
Côté études je me prépare maintenant pour mon oral au concours d’entrée pour devenir Éducatrice de Jeunes Enfants. J’espère réussir et pourquoi pas un jour monter ma structure végane (le rêve !) où le respect de tous les animaux et de la nature serait transmis aux enfants.

Cochons d’inde de Camille : Freya (à gauche) & Praline (à droite). La première avait été mise en don sur leboncoin quelques semaines seulement après son acquisition et la seconde a été adopté via une association de sauvetage de rongeurs car retrouvée dans un carton dehors.


Cécile : Pour ma part je termine un master 2 en sociologie (Politiques Environnementales et Pratiques Sociales). Tout au long de mes études j’ai pu parler un peu de la cause : dossier santé-environnement sur les effets néfastes de la consommation de viande pour notre santé (une amie non végé a fait le sien sur les impacts environnementaux de l’élevage), un dossier sur le mouvement social de la lutte contre le projet des 1000 vaches, un travail de groupe sur la controverse au sujet de l’huile de palme etc… Aujourd’hui je suis en stage avec une association toulousaine. Le thème ? Les nouveaux végétariens (cf l’excellent article de Dupont et Reus). Je vais devoir réaliser des entretiens et un focus groupe, j’espère avoir suffisamment de volontaires pour réaliser un travail intéressant (appel aux toulousains ! ^^) J’ai la chance d’avoir une encadrante universitaire très motivée et impliquée, elle avait même préparé un cours de près de 3h sur le végétarisme suite à un mail de ma part (comme quoi, il faut toujours tenter !) et a par la suite décidé de proposer ce thème à des étudiants d’une autre formation.
Actuellement la vie en ville commence à me peser un peu (et l’éloignement avec ma famille qui vit en Haute-Normandie aussi), malgré ses avantages.
J’aimerais beaucoup voyager un peu, pas forcément à l’étranger mais par exemple aller à la rencontre d’ami(e)s végan(e)s de différents coins de la France (un peu sur le principe du « couchsurfing »). Je pense que ça peut être une expérience enrichissante et intéressante pour ensuite construire un projet solide (et surtout coopératif) autour du véganisme. Donc voilà, je me vois bien sur la route (pas forcément toute l’année mais régulièrement) pour partir à la rencontre des végés (et pas seulement d’ailleurs puisque tous mes ami(e)s ne le sont pas), prendre des photos d’animaux et de la nature en général, écrire quelques articles sur ces voyages, ces rencontres puis, enfin, m’épanouir dans un projet qui me ressemble.
En vivant en ville j’ai tendance à être trop casanière, derrière mon ordinateur. Heureusement qu’il y a des événements militants régulièrement ! Un « retour à la nature » tout en restant « mobile » serait donc un bon compromis.

Cochons d'inde de Cécile : Kenzo (à gauche), fils de Taïko (à droite), malheureusement décédés tous les 2 l'an dernier après 5 ans de bonheur.
Cochons d’inde de Cécile : Kenzo (à gauche), fils de Taïko (à droite), malheureusement décédés tous les 2 l’an dernier après 5 ans de bonheur.

A propos de Lili Gondawa

Lili Gondawa
Professeur des écoles à Toulouse, j'adore l'archéologie, l'histoire de l'art et la littérature. Je suis donatrice mensuelle et ponctuelle à L214, organisation de défense des animaux.
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