Que faire de mon animal en cas d’alerte nucléaire ?

A l’heure où notre président, contrairement à son programme de campagne1, n’exclut pas la construction de nouveaux réacteurs nucléaires en France2 — et à l’heure où la France en bâtit en Inde34 –, peut-être vous êtes-vous demandé ce qu’il convenait de faire en cas d’incident de type Three Mile Island, Tchernobyl ou Fukushima.

S’enfermer chez soi, et après ?

Prendre des comprimés d’iode est une nécessité, on le sait. En effet, un incident nucléaire pouvant entraîner le rejet dans l’atmosphère d’iode radioactif, il faut saturer la thyroïde d’iode “neutre” pour éviter qu’elle ne fixe ce radioélément. Les pouvoirs publics n’en distribuent qu’aux habitants habitant dans un rayon de 10 km autour d’une centrale nucléaire : il est bon de s’en procurer par soi-même. Oui, mais combien ?
En cas d’alerte nucléaire, selon les autorités, la dose d’iode stable doit être prise en respectant la posologie suivante5 :

  • A partir de 12 ans (adulte, y compris les femmes enceintes) : 2 comprimés d’iode (130 mg) ;
  • Enfant de 3 à 12 ans : 1 comprimé d’iode (65 mg)
  • Enfant de 1 mois à 3 ans : ½ comprimé d’iode (30 mg)
  • Nourrisson (jusqu’à 1 mois) : ¼ de comprimé d’iode (15 mg).

L’association Sortir du Nucléaire alerte, science à l’appui, sur le fait que cette protection est beaucoup plus imparfaite que ce que suggèrent les campagnes officielles6 (pour être bien protégé, par exemple, il faudrait prendre l’iode 2h avant les rejets nucléaires…)
D’autre part, la prise de comprimés d’iode stable ne protège pas contre les autres éléments radioactifs (comme le césium 134 ou le césium 137) potentiellement rejetés7.

Cependant, alors que le risque d’accident majeur est indirectement reconnu par les autorités (distribution de pastilles d’iode autour des centrales nucléaires) et la seule solution efficace pour protéger les populations — la sortie du nucléaire en urgence — semblant pour l’instant très improbable, la détention de pastilles d’iode reste le seul moyen, aussi imparfait soit-il, de se protéger et de protéger ses proches.

Cristaux d’iode vus au microscope

Se procurer des pastilles d’iode

Si vous habitez dans un rayon de 10 km autour d’une centrale, vous avez sûrement reçu un bon pour retirer des pastilles d’iode en pharmacie. Le Gouvernement aurait décidé d’étendre cette zone de distribution préventive d’iode stable à 20 km8.

Au-delà de 10 km : des stocks de comprimés d’iode ont été constitués par l’Etat, afin de protéger la population dans son ensemble en cas de besoin (plans ORSEC iode départementaux). Cependant, lorsque l’on ne fait pas entièrement confiance aux pouvoirs publics (rappelons-nous que la catastrophe de Tchernobyl a été dissimulée plusieurs jours aux Français), on peut préférer se munir soi-même d’un stock d’iode chez soi9.

Il est compliqué de s’en procurer en pharmacie. L’iode n’est pas un médicament en vente libre. En 2011, de nombreuses personnes inquiétées par la catastrophe de Fukushima se sont ainsi vues refuser l’obtention de pilules d’iode stable par leurs pharmaciens6. Ces derniers, en dehors des périmètres de 10 km autour des centrales, avaient eu pour consigne des autorités de ne pas commander ces pilules à leurs grossistes10

Il reste cependant possible d’obtenir ces comprimés sur Internet, à des prix fluctuants, et en faisant plus ou moins confiance aux différents distributeurs et sites web… Nous achetons quand à nous l’iode Kelp (tirée de l’algue du même nom) du site Veganicity.

Et les animaux non humains ?

On en vient tout naturellement à s’interroger : que faire pour les animaux non humains en cas d’alerte nucléaire ?

Le site officiel de l’Autorité de Sûreté Nucléaire préconise de les mettre à l’abri et de ne pas leur donner d’iode, ce qui ne servirait à rien :

Extrait du site officiel distribution-iode.com

On déconseille l’administration d’iode stable aux animaux pour des raisons multiples. L’analyse des avantages et des inconvénients d’une telle administration est nettement en sa défaveur : outre le niveau faible du risque sanitaire qu’elle est appelée à prévenir, elle ne présenterait un intérêt que chez l’animal radiosensible, c’est-à-dire le jeune et principalement le très jeune animal (moins de 3 mois).

On appréciera la précision de la formule “des raisons multiples“.
Il nous est par ailleurs signalé que le “risque sanitaire” d’un accident nucléaire serait faible… Passons.
Enfin, il est extrêmement étonnant de lire de la part de l’ASN que seul le jeune animal serait susceptible d’être affecté par des radiations nucléaires. Trois problèmes ici :

    • Aucune source scientifique citée en appui de cette affirmation.
    • L’âge de trois mois ne signifie pas la même chose pour un rat, appelé à vivre deux ans, et pour un cheval qui en vivra trente.
    • L’ASN semble oublier que l’humain aussi est un animal… Si seuls les jeunes sont radiosensibles, pourquoi les pastilles d’iodes sont-elles distribuées à toute la population dans un rayon de 10 km autour des centrales nucléaires ?

Nous conseillons à l’Autorité de Sûreté Nucléaire de dialoguer avec les lobbies de l’expérimentation animale qui pensent, quant à eux, qu’une souris est le proche équivalent d’un humain : la discussion pourrait être intéressante. Nous allons quant à nous chercher nos informations ailleurs.

Après Fukushima, le Huffigton Post américain a donné la parole à des vétérinaires et à des spécialistes de la radioactivité afin de délivrer à ses lecteurs des recommandations destinées à protéger efficacement les animaux non humains en zone contaminée11. Voici leurs principaux conseils :

  • C’est l’iode radioactive, et non le césium, qui pose le risque le plus évident pour la santé (humaine et animale). En effet elle peut être absorbée à travers la peau, par les voies respiratoires ou intestinales. La plupart des animaux ayant l’habitude de se lécher, et leurs gamelles, mangeoires ou abreuvoirs étant fréquemment placés à l’extérieur des maisons, ce sont eux qui constituent la population la plus à risque. Laver vos animaux à grande eau permet de les débarrasser de nombreuses particules radioactives avant qu’elles puissent être absorbées.
  • Bien sûr, gardez-les à l’intérieur ou dans un abri, au minimum durant le pic de pollution nucléaire. Par exemple, pour les habitants de Californie, ce pic s’est situé entre 7 et 11 jours après l’accident de Fukushima. A l’ère d’internet, il est possible de se renseigner à ce sujet.
    Le site Natural News rappelle quant à lui que l’endroit le plus sûr d’un logement en cas d’accident nucléaire est la cave, ou à défaut une pièce centrale12.

  • Lorsque le pic de pollution nucléaire est passé, et vos animaux ressortent (brièvement, tout d’abord) à l’air libre, empêchez-les de consommer l’herbe ou n’importe quel élément extérieur qui n’ait pas été lavé par vos soins ou par la pluie.
  • Lavez à grandes eaux les gamelles, mangeoires ou abreuvoirs extérieurs avant de vous en servir à nouveaux pour vos animaux — à l’intérieur cette fois. De même pour ce que vous leur donnez à manger, que vous l’ayez produit ou acheté (légumes, fourrage…)
  • Lavez également au jet d’eau votre pelouse, votre jardin… Insistez bien.
  • Donnez à vos animaux de l’iode, avant le pic de pollution nucléaire et durant quelques temps13. Pour tous les mammifères (humains et non-humains bien sûr), l’ingestion de kelp (algue très riche en iode, disponible sous forme de comprimés en guise de complément alimentaire) est une bonne idée. Le site Natural News propose des seuils d’iode stable en fonction du poids de l’animal, calqués sur les doses humaines : 130 mg d’iode pour les animaux d’une soixantaine de kg ou plus ; 65 mg entre une quinzaine et une soixantaine de kg ; 32 mg entre une dizaine et une quinzaine de kg ; 16 mg au-dessous.
  • Renseignez-vous sur les substances qui invalident l’absorption d’iode (chlorine, fluorides, bromine… scrutez vos croquettes14 !) et évitez d’en donner à vos animaux durant la période où vous les supplémentez en iode.
  • Si votre animal est sujet à des problèmes de thyroïdes, consultez absolument un vétérinaire (l’absorption d’iode, même saine, étant alors contre-indiquée…).

N’hésitez pas à nous indiquer en commentaire si vous êtes parvenu.e à acheter de l’iode stable en pharmacie, quelle marque d’iode vous achetez et où, et toute autre informations que vous jugeriez utile sur le sujet.

Précisions :

  1. Le Monde Présidentielle – Nucléaire []
  2. Europe 1 – Emmanuel Macron n’exclut pas la construction de nouveaux réacteurs nucléaires []
  3. RT France — «Macron va-t-en !» : en Inde, des anti-nucléaires manifestent contre Paris []
  4. Sud-Ouest – Macron en Inde : une visite entre solaire, nucléaire et tradition []
  5. http://www.distribution-iode.com/ []
  6. Sortir Du Nucléaire – Pastilles d’iode : une opération de communication plus qu’une mesure de protection des populations [] []
  7. IRSN – En situation d’urgence, prise d’iode stable : Mettre fin aux idées reçues []
  8. Autorité de Sûreté Nucléaire – Les comprimés d’iode, un moyen efficace pour protéger la thyroïde en cas d’accident nucléaire : “Rendez-vous chez votre pharmacien !” []
  9. France TV Info – 30 ans après la catastrophe de Tchernobyl, la pollution radioactive toujours présente []
  10. L’Express – Pourquoi on ne trouve pas de comprimés d’iode en France []
  11. Huffington Post – Radiation Protection for Pets: 13 Tips []
  12. Natural News – Protect pets during a nuclear emergency []
  13. The World’s Healthier Food – Iodine []
  14. Projetc Aware – Iodine []

A propos de Lili Gondawa

Lili Gondawa
Professeur des écoles à Toulouse, j'adore l'archéologie, l'histoire de l'art et la littérature. Je suis donatrice mensuelle et ponctuelle à L214, organisation de défense des animaux.

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