Végétariens : portraits en littérature

Les végétariens ne sont pas légion parmi les personnages littéraires.
Je lis beaucoup, mais je n’en ai pour l’instant croisés que cinq…
Et j’attends toujours de voir passer un végan au détour d’un roman.

Deuxième constatation : la représentation des végétariens est rarement très flatteuse !
Voici quelques exemples tirés d’ouvrages que j’aime tout particulièrement, j’attends vos contributions dans les commentaires pour m’en proposer d’autres…

http://a397.idata.over-blog.com/1/35/20/57/livre-vert_3.jpg

Figure 1 : Elea, la (trop) pure

Dans “La nuit des temps”, roman fantastique écrit en 1968 par René Barjavel, Elea est une jeune femme venue d’un continent terrestre disparu il y a des millions d’années. Elle est tirée de son sommeil par des scientifiques du XXe siècle.
Son peuple, pacifique à l’extrême, tire sa subsistance de la mange-machine, capable de créer de la nourriture à partir du néant sous forme de gélules. Elle est donc révulsée de découvrir que les hommes d’aujourd’hui consomment de la viande… mais aussi des végétaux !

NDT“J’ai fait venir un agneau dont notre chef a tiré pour toi des côtelettes accompagnées de quelques feuilles de romaine tendre comme une source. Tu as regardé les côtelettes avec horreur. Tu as dit :
– C’est un morceau coupé dans une bête ?
Je n’avais pas pensé à ça. Jusqu’à ce jour, pour moi, une côtelette n’était qu’une côtelette. J’ai répondu avec un peu de gêne :
– Oui.
Tu as regardé la viande, la salade, les fruits. Tu m’as dit :
– Vous mangez de la bête !… Vous mangez de l’herbe !… Vous mangez de l’arbre !…
J’ai essayé de sourire. J’ai répondu :
– Nous sommes des barbares…”

A noter que dans la civilisation d’Elea, seuls les “silencieux”, c’est-à-dire les parias de la société, sont obligés de consommer de la chair animale  pour survivre :

“Dans une encoignure du palier, une petite flamme brûlait. Trois silencieux accroupis faisaient cuire des oiseaux-ronds, qu’ils tenaient par les pattes au-dessus d’un feu de poussière. L’horrible odeur de la viande rôtie parvint jusqu’à eux et souleva le coeur de Païkan.”

Elea est donc techniquement végétalienne… et même au-delà (une sorte de respirienne version SciFi)… sauf que le roman met sur le même niveau d’inhumanité la consommation d’animaux morts et de végétaux. Encore un beau cri de la carotte littéraire !

Figure 2 : Martin, le poltron

Les choses s'arrangent

Dans “Les choses s’arrangent mais ça ne va pas mieux”, excellent roman de Kate Atkinson, l’un des personnages principaux est végétarien. L’auteur et son personnage étant britanniques, tout cela n’est pas si étonnant.
Par contre, le végétarisme de Martin, écrivain à succès d’insipides romans populaires, semble aller de pair pour l’auteur avec le reste de son caractère : maladivement gentil, très timide, toujours angoissé et souvent franchement bêta.

“Il ne tuait même pas les mouches chez lui : il les suivait patiemment à la trace, les attrapait à l’aide d’un verre et d’une assiette avant de leur rendre leur liberté. Les humbles posséderont la terre. Il avait cinquante ans et n’avait jamais commis un acte de violence contre un autre être vivant, même s’il lui arrivait de penser que c’était plus par lâcheté que par pacifisme.”

JocondeFigure 3 : Mme Claxton, la prétentieuse

Dans “Le sourire de la Joconde”, recueil de nouvelles d’Aldous Huxley (l’auteur du “Meilleur des mondes”), le premier récit met en scène une famille végétarienne anglaise.
Huxley ne rate pas sa cible et tourne carrément les végétariens en dérision. Mais il faut reconnaître que le tout est tourné de manière franchement drôle…

“Dans leur petit pavillon, les Claxton menaient une vie de la plus haute spiritualité. Même le chat était végétarien, du moins officiellement… “

 Figure 4 : Marianne, la traumatisée

Mulvaney

Dans Nous étions les Mulvaney », fresque familiale dans l’Amérique des années 60 à 80, la jeune Marianne se fait agresser sexuellement le soir du bal de son lycée. Mais aussi bannir de la maison familiale comme si elle  avait commis une faute. Meurtrie, elle trouve refuge dans une communauté dont tous les membres sont végétariens, puis de travailler pour la défense animale. Son végétarisme, comme sa compassion pour les souffrances des animaux, semblent résulter de son cheminement psychologique douloureux.

“Il lui demanda ce qui n’allait pas, et Marianne lui dit qu’elle avait lu certains des rapports qu’il avait établis avec l’Association pour la prévention de la cruauté envers les animaux des Etats-Unis et l’Association américaine pour la protection des chevaux, les cruautés indescriptibles infligées aux chevaux envoyés à l’abattoir étaient quelque chose qu’elle ignorait et elle n’était pas sûre d’être assez forte et assez courageuse pour faire ce travail, en fin de compte…”

Figure 5 : Marian, la névrosée

Femme comestibleDans “La femme comestible(Margaret Atwood), nous sommes encore dans les années 60 encore, avec une héroïne tétanisée par les attentes de la société à son égard et par la société de consommation, qui se sent devenir folle et manifeste son désarroi en stoppant toute ingestion de viande et d’œuf. Et qui hélas manifeste, dans le dénouement, la fin de ses conflits intérieurs en mangeant à nouveau de la viande.

“Elle avait les yeux rivés sur ses mains, l’éplucheur et le ruban de peau orange, quand elle prit soudain conscience de la réalité de la carotte. C’est une racine, se dit-elle, elle pousse dans la terre et produit des feuilles. Et voilà qu’ils viennent l’arracher à la terre, peut-être même qu’elle émet un son, un cri en dessous du seuil d’audibilité, n’empêche, elle ne meurt pas tout de suite, elle continue à vivre, là, en ce moment, elle est encore vivante… Elle eut l’impression de sentir la carotte se contorsionner dans sa main. Elle la lâcha sur la table.”

A propos de Lili Gondawa

Lili Gondawa
Professeur des écoles à Toulouse, j'adore l'archéologie, l'histoire de l'art et la littérature. Je suis donatrice mensuelle et ponctuelle à L214, organisation de défense des animaux.

Abonnez-vous, c'est gratuit !

Ne soyez pas carencé·e en actualité vegan, recevez chaque week-end l'essentiel de Vegactu !